
Depuis presque trois décennies, le réalisateur texan qui manie l'humour grinçant et les situations farfelues fait voyager les foules dans des décors de carte postale vintage. Jusqu'au 27 juillet, la Cinémathèque française lui consacre une rétrospective que la journaliste d'Enlarge your Paris – et fan de Wes – Pauline de Quatrebarbes est allée voir pour nous livrer son verdict.
Ça y est, Wes Anderson a enfin son exposition-rétrospective à la Cinémathèque (12e). Attention, là, c’est du lourd. Quand on s’attaque à mon réalisateur d’enfance, mes attentes sont immenses. Je ne me suis pas déplacée pour voir trois affiches de film se battre en duel avec quelques bouts de carnets rabougris. En arrivant à la Cinémathèque, je suis chargée à bloc ; j’escalade d’une traite les cinq étages menant à la grande salle d’exposition.
D’emblée, je suis frappée par le choix des murs entièrement rouges. Étonnant vu la palette plutôt pastel qu’on retrouve habituellement dans les films de Wes Anderson, mais qui, c’est vrai, mettent en valeur les objets présentés. Et quels objets ! Des polaroïds du réalisateur, des photos de tournages, des extraits de films et surtout une multitude d’accessoires et de costumes originaux. Ça y est, je jubile.
L’exposition se construit de manière chronologique, suivant les premières œuvres du cinéaste, Battle Rock et Rushmore. Si je connais plus le cinéma d’Anderson à partir de la fin des années 2000, j’ai quand même vu en boucle Rushmore, dont le personnage principal, Max Fischer, cristallise le héros typique andersonien : celui qui refuse l’autorité et qui se laisse déborder par ses émotions, mais auquel on s’attache pour la vie. Si je ne suis (presque) plus amoureuse de lui, je batifole joyeusement devant son costume, retiens des insultes devant le couteau de Magnus Buchan (un antagoniste) et observe avec émoi des polaroïds pris par le réalisateur sur plusieurs tournages.
« Le mec, il aime sa sœur. Mais ça va, car c’est sa sœur adoptive »
Je continue ma pérégrination et suis frappée par le nombre de visiteurs : il est midi en ce mercredi et pourtant de nombreuses personnes sont déjà là. Chacun s’arrête devant son film préféré et raconte ses anecdotes : « Le mec, il aime sa sœur. Mais ça va, car c’est sa sœur adoptive », entend-on devant La Famille Tenenbaum ou « Ça existe vraiment ces poissons, maman ? » devant les maquettes étranges de La Vie aquatique.
Les larmes me montent devant le coin consacré à Fantastic Mr Fox, le premier long métrage en stop motion de Wes Anderson. Dans ce film où humains et animaux se confondent, j’ai tant ri et pleuré face aux étourderies et au sacrifice de Monsieur Renard… Après avoir vu toutes les petites marionnettes, je continue et arrive devant ma salle préférée. Cet espace est consacré à Moonrise Kingdom (film extraordinaire, qui mériterait objectivement une exposition à lui seul). Devant la scène projetée du baiser entre Sam et Suzy sur fond de Françoise Hardy, je reste ébahie et la regarde une, deux, trois fois. Avant d’aller découvrir les costumes originaux des deux héros, ainsi que la peinture que Sam réalise pour Suzy à la toute fin de l’histoire. Ce film a tellement représenté pour moi l’idéal amoureux qu’il m’est vraiment difficile de détourner les yeux de la salle. Je re-re-re(re)vois la scène du baiser une dernière fois et j’avance.
Distributeur de Martini couleur menthe à l’eau
Entre plusieurs autres décors (dont ceux de The Darjeeling Limited et de L’Île aux chiens), un nouveau souvenir me revient devant l’immense maquette de The Grand Budapest Hôtel. Je me rappelle l’avoir vu à sa sortie seule avec ma mère. J’étais ado, c’était l’hiver et je m’attendais à regarder un film joyeux, coloré comme son affiche. Erreur ! Car si l’esthétique de Wes Anderson a parfois des airs de Barbie Land, ses films finissent souvent plus en thrillers hitchcockiens qu’en comédies romantiques. On notera d’ailleurs la diversité des accessoires : des boîtes de gâteaux, des porte-clefs violets à côté d’une tête et de doigts coupés. Brrr. Un ensemble qui résume bien l’univers du réalisateur.
Je finis l’exposition en passant devant le génial The French Dispatch, ode au journalisme et au cinéma, et le clivant Asteroid City. Si le film m’a emballée autant qu’il m’a un peu perdue, j’apprécie ses décors pastel de désert du Nevada (pourtant tourné en Espagne !) et surtout son – malheureusement – faux distributeur de Martini couleur menthe à l’eau. Je repars l’air songeuse, réservant déjà ma place pour l’une des projections prévues durant cette rétrospective. En fouinant sur le Net, j’apprends qu’un nouveau film du réalisateur sortira en mai… Voilà une bonne occasion pour porter tous les goodies que je viens d’acheter à la boutique souvenirs !
Infos pratiques : exposition-rétrospective Wes Anderson à la Cinémathèque, 51, rue de Bercy (12e). Jusqu’au 27 juillet. Ouvert le lundi ainsi que du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, le week-end de 11 h à 20 h. Tarifs : de 7 à 14 €. Accès : métro Bercy (lignes 6 et 14). Plus d’infos et réservations sur cinematheque.fr
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31 mars 2025 - Paris