
Premier musée d'art contemporain ouvert en banlieue, le MAC VAL à Vitry fête ses 20 ans cette année avec une nouvelle exposition, "Le genre idéal", qui revisite les genres dans la peinture tels que définis en 1667 par l'historien de l’art André Félibien.
Un frigo blanc faisant du ski sur une pente bien raide. Juste à côté, un disque vinyle à moitié fondu dégoulinant du bord d’une étagère. Et, non loin de ce 33 tours ramolli, un tableau en format XXL, le portrait d’un gigantesque soulier… Non, pas la peine de vous frotter les yeux ni de vous pincer, vous êtes bien réveillé, mais dans un musée d’art contemporain. Plus précisément au MAC VAL à Vitry (Val-de-Marne). Alors que le Centre Pompidou (4e) a fermé son musée le 10 mars 2025 et hibernera totalement pour une longue rénovation à partir du 22 septembre, le MAC VAL, premier musée d’art contemporain ouvert en banlieue, est une alternative, certes plus modeste en taille, mais stimulante et étonnante.
Tous les 18 mois environ depuis son inauguration il y a presque vingt ans, en novembre 2005, le MAC VAL renouvelle les œuvres de sa collection qu’il expose, puisant dans un fond comptant 2 600 peintures, photos, sculptures, vidéos et installations, allant des années 1950 à aujourd’hui. Chaque nouvel accrochage est thématique.
Une hiérarchie cul par-dessus tête
Après « L’œil vérité », qui revisitait en 2023 l’histoire de l’art moderne et de l’art contemporain, voici la nouvelle présentation axée sur « Le genre idéal » présentant plus d’une centaine d’artistes tels qu’Agnès Varda, Ethel Adnan, Annette Messager, Elina Brotherus, Barthélemy Toguo, Alain Séchas, Kader Attia, etc. Il n’est pas du tout question ici de genre masculin, féminin ou non binaire, mais des genres dans la peinture classique tels que définis en 1667 par André Félibien, historien de l’art. Selon lui, on pouvait classer les œuvres en peinture d’histoire (les batailles !), catégorie la plus noble qu’il plaçait au-dessus de tout, portrait, scènes de genre, paysage et nature morte.
Le musée a repris cette classification en modifiant les appellations pour leur donner une tournure plus « art contemporain », un peu narquoise (mais gentiment, on n’est pas dans le sarcasme) : les paysages devenant par exemple « Les Horizons », les portraits « Les Gens ». De même, la hiérarchie de Félibien a été mise cul par-dessus tête : la visite commence par les natures mortes, rebaptisées « Les Biens », plus hype, et finit par la peinture d’histoire, renommée « Les Heures ».

Prière de lever les yeux pendant la visite
La sélection des œuvres présentées a été effectuée par les employés du musée lors d’ateliers qui ont choisi des créations qui les avaient marqués au cours des vingt dernières années, ou parmi les acquisitions récentes. C’est ainsi que l’on revoit le spectaculaire Ivrogne de Gilles Barbier, datant de 1999-2000, exposé il y a vingt ans à l’ouverture du MAC VAL. Un mannequin hyperréaliste d’homme saoul, agenouillé et avachi, d’où sort une spirale immense constellée de nuages et d’onomatopées, comme dans les BD. Comme avec cette tornade cartoonesque s’élevant dans les airs, il faut souvent lever les yeux pendant la visite. « Nous avons décidé de rompre la ligne d’accrochage et le ronron du regard avec des œuvres placées en hauteur, explique Nicolas Surlapierre, directeur du MAC VAL et commissaire du « Genre idéal ». Nous avons voulu créer des surprises. » Et c’est réussi, surtout dans le début du parcours. On commence par les natures mortes – pardon, les biens –, et le fameux Frigo skieur, du collectif Présence Panchounette (1987) qui se moque ainsi de l’essor de la société de consommation dans les années 1980.
Dans la section « Les Horizons », il ne faut pas manquer l’incroyable damier, aux nuances infinies de bleu et de gris, des marines de Jean-Christophe Norman datant de 2020. L’artiste a peint la mer et le ciel sur plus de 120 pages du roman Moby Dick de Herman Melville, accrochées les unes à côté des autres. De même, dans une petite alcôve sombre et étouffante, plusieurs œuvres évoquent la crise climatique. La fin de la visite, avec « Les Heures » – les œuvres dites « d’histoire » –, est plus faible, plus lâche, même si on y retrouve le collectif des Présence Panchounette (qui entend se moquait de l’art contemporain) avec une sculpture africaine portant un walkman et installée sur un piédestal constitué de trois valises. Un dernier clin d’œil irrévérencieux…
Infos pratiques : exposition « Le Genre idéal » au MAC VAL, place de la Libération, Vitry (94). Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h. Tarifs : 5 € (plein tarif), gratuit pour les moins de 26 ans. Accès : tramway T9 arrêt Mac Val. Plus d’infos sur macval.fr

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1 avril 2025 - Vitry-sur-Seine