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« Montrer que l’élevage urbain ne relève pas d’un folklore passéiste »

Les bergers urbains de Lyon au parc de Gerland /  © Agence Fabriques
Les bergers urbains de Lyon au parc de Gerland / © Agence Fabriques

Alors que la Transhumance du Grand Paris se déroulera du 6 au 17 juillet, des bergers de Lyon, de Marseille et de Bruxelles se joindront à l'événement pour montrer que la cohabitation ville-nature-agriculture est possible et pour poser les premières pierres d’une fédération de bergers urbains.

Ils feront peut-être un jour partie du paysage des villes. En attendant, les bergers urbains seront sous les feux de la rampe lors de la Transhumance du Grand Paris organisée du 6 au 17 juillet par Enlarge your Paris, la Métropole du Grand Paris et les Bergers Urbains de Seine-Saint-Denis. Et pour l’occasion, des bergers des deux autres plus grandes villes de France, Lyon et Marseille, ainsi que des bergers venus de Bruxelles feront le déplacement pour aider à encadrer le troupeau de 25 moutons qui doit parcourir 140km à travers une trentaine de villes. Avant le début de cette grande première, ils nous ont envoyé quelques lignes pour se présenter que nous vous partageons. 

Le mot des bergers de Marseille

De Marseille on a en tête le Vieux Port, l’ambiance méditerranéenne chaleureuse et populaire, les apéros à Malmousque les soirs d’été, l’animation qui règne sur la Canebière… Ses habitants connaissent aussi son urbanisation effrénée, la suppression des arbres et des rares espaces verts en centre-ville au bénéfice d’opérations immobilières, la pollution de l’air, la précarité dans les quartiers défavorisés de la ville…

Alors Marseille bouge. On assiste à une mobilisation des habitants pour l’amélioration du cadre de vie, au retour progressif d’agriculteurs, à l’essor de projets d’agriculture urbaine et à une demande de plus en plus forte des Marseillais de retrouver de l’air, de l’herbe, des arbres et des animaux ! Car on a oublié la tradition pastorale ancestrale de la région. Les troupeaux ont façonné les paysages et les routes de Provence, dont les collines de Marseille. Jusqu’à la première moitié du XXe siècle, des moutons pâturaient dans les Calanques !  

La Bergerie de Marseille est un projet en cours de construction engagé en faveur de la transition agro-écologique en ville. Aux portes de la cité, cet élevage urbain de moutons respectera les savoir-faire traditionnels de Provence. Le troupeau sera conduit et nourri en pâturage itinérant, dans la ville ainsi qu’aux abords, par des bergers professionnels et bénévoles sur des espaces naturels entre plaines et collines. Projet d’agriculture urbaine, il sera créé et développé en coopération avec un réseau d’acteurs traditionnels locaux du pastoralisme (bergers, bergers-éleveurs, associations professionnelles, institutions pastorales…).

Marseille / © Daniel Kakiuthi (Creative commons - Flickr)
Marseille / © Daniel Kakiuthi (Creative commons – Flickr)

Relier les citadins à la nature

Les objectifs ? Relier les citadins à la nature et à l’animal ; inciter à repenser la ville, son aménagement et ses usages par le biais du pastoralisme ; impliquer les citadins dans la production d’une alimentation saine, durable et locale et en faciliter l’accès au plus grand nombre tout en favorisant le lien social autour de l’agriculture ; apporter une réponse aux enjeux environnementaux de la ville ; être une alternative à l’entretien mécanisé des espaces verts en plaine ; faire émerger une gestion pastorale maîtrisée destinée à faire reculer les risques d’incendie sur les collines à proximité des zones urbanisées ; développer un volet recherche-action sur les impacts du pastoralisme sur les milieux méditerranéens.

Un projet qui suscite l’enthousiasme des Marseillais et des collectivités territoriales. Ce qui est de bonne augure même si quelques défis restent à relever : trouver où manger en toute saison (car à Marseille, si l’eau ne manque pas pour arroser le Pastis en été, elle oublie souvent de verdir les pâtures) ainsi qu’un lieu douillet pour accueillir la bergerie, composer avec les usages des trottoirs marseillais… Mais impossible n’est pas mouton. Rendez-vous donc en 2020 ! Des pistes sont déjà à l’étude pour installer la bergerie dans le 11e arrondissement.

D’ici là, la Bergerie de Marseille rejoindra Clinamen et les Bergers Urbains lors de la Transhumance du Grand Paris, un événement qui donnera à voir aux Grand-Parisiens que la cohabitation ville-nature-agriculture est possible et qu’elle est propice à des pratiques de qualité. Les grandes transhumances d’estive de la Provence aux Alpes, qui se faisaient en dix à vingt jours de marche, étaient un moment de partage et d’échanges entre bergers. En juillet, ce sera l’occasion pour les bergers urbains de Paris, de Lyon et de Marseille de se réunir autour des moutons et de poser les premières pierres d’une fédération de bergers urbains.

Marie-Anne Corniou, bergère urbaine (labergeriedemarseille@gmail.com)

Des moutons dans les rues de Marseille en 2010 / ©  Marcovdz (Creative commons - Flickr)
Des moutons dans les rues de Marseille en 2010 / © Marcovdz (Creative commons – Flickr)

Le mot des bergers de Lyon

La Bergerie Urbaine est une association collaborative intervenant sur la Métropole de Lyon. Uniquement composée de bénévoles, l’association a été créée en 2019 et dispose de 13 moutons vendéens installés sur une bergerie en partenariat avec une structure sociale. Un projet éducatif d’insertion sociale est mené sur ce site tandis que les animaux pratiquent le pâturage itinérant sur différents espaces de la métropole en partenariat avec des collectivités.

Nous sommes convaincus de l’avenir de l’agriculture urbaine de par ses multiples bienfaits sociaux et environnementaux mais aussi en raison de sa complémentarité avec les autres activités agricoles déjà existantes ou en développement au sein de nos villes. Nous souhaitons que les habitants de notre territoire bénéficient de produits locaux, accessibles à tous et de haute qualité environnementale avec des animaux nourris exclusivement à l’herbe.

Les bergers urbains de Lyon / © La Bergerie Urbaine
Les bergers urbains de Lyon / © La Bergerie Urbaine

Un enjeu social et environnemental

Par ces pratiques agricoles collaboratives, nous souhaitons passer d’une gestion paysagère de nos espaces, coûteuse au niveau économique et environnementale, à une gestion vivrière permettant à toutes et tous de se nourrir convenablement tout en pratiquant une activité saine pour le corps et l’esprit. Au-delà des aspects collaboratifs, la Bergerie Urbaine souhaite rapidement être le tremplin de la professionnalisation de spécialistes de l’élevage urbain et permettre l’installation durable de ces derniers sur la métropole lyonnaise.

Nous serons présents du 14 au 16 juillet aux côté de l’association Clinamen et des Bergers Urbains pour partager un bout de route lors de la Transhumance du Grand Paris. A travers cet événement important nous désirons tisser davantage de liens avec les bergers présents dans l’optique d’une structuration internationale aux liens mutuellement bénéfique. De plus, nous souhaitons démontrer que les pratiques d’élevage urbains ne relèvent pas d’un folklore passéiste mais bien d’une réponse exigeante et efficace aux multiples enjeux sociaux et environnementaux auquel nous sommes confrontés.

Plus d’infos sur labergerieurbaine.fr

Le mot des bergers de Bruxelles

Des moutons en ville ? Et oui ! Les moutons bruxellois c’est un troupeau de 10 (bientôt 20 !) brebis de race zwartbles qui pâturent des zones d’herbe en ville depuis juin 2018. Avec quelle herbe ? Le troupeau occupe des prairies mise à disposition par Bruxelles environnement (Vogelzang 0,66 ares, Zavelenberg 12 hectares) et des espaces verts (le cimetière d’Anderlecht) mais sort aussi et se promène le long de la promenade verte de la région bruxelloise (sur le tronçon du Vogelzang). Ceci en fait un élevage hybride qui mélange pâturage et transhumance.

Pour produire quoi ? De la viande d’agneau (à l’horizon 2020) et de la laine (dès à présent). Et les moutons ils sont contents en ville ? Super content, ils pâturent des zones d’herbe qui ne sont pas pulvérisées, ils vivent dehors quasiment toute l’année et, tout ça, dans le respect du cahier des charges de l’agriculture biologique (sans être labellisé pour le moment).

Et le projet est porté par qui ? Par moi, David, je cumule le métier d’enseignant et l’élevage pour le moment. Des amis et connaissances m’aident de temps en temps. Je peux aussi compte, quelques fois par ans, sur les Brigades d’actions paysannes.

Plus d’infos sur lesmoutonsbruxellois.be et sur Facebook

A lire : « Marcher avec des moutons permet de redécouvrir la ville »