Culture

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Le LaBel Valette Fest fait sortir le street art des villes

LaBel Valette Fest dans le Loiret / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
LaBel Valette Fest dans le Loiret / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

C'est l'événement de la rentrée dans le (très) Grand Paris. Le LaBel Valette Fest investit un château du XIXe siècle du 7 au 9 septembre dans un village du Loiret avec au programme du street art, des concerts et une kyrielle d'événements autour des cultures urbaines. Un projet mené avec abnégation depuis un an et demi par Sébastien Lis, président de l'association Urban Art Paris.

 

Le LaBel Valette Fest en quelques mots c’est quoi ?

Sébastien Lis : C’est une bulle urbaine en pleine campagne, une invitation à découvrir sur trois jours la variété des acteurs de la street culture. C’est une centaine d’artistes urbains, de l’ultra-local à l’international, qui ont relooké un château du XIXème siècle dans le village de Pressigny-les-Pins dans le Loiret. A Paris, le réseau est saturé et valorise souvent les mêmes artistes. C’était important pour nous d’associer des précurseurs de l’art urbain, tel Jérôme Mesnager, à la création émergente, comme SIAM qui a 19 ans. Deux scènes musicales verront s’enchaîner près de dix concerts par jour, avec Médine en tête d’affiche et des groupes phares comme la Scred Connection, DJ Fly ou Chaton. L’une sera entièrement dédiée au hip-hop et l’autre alternera entre pop-rock et DJ sets. En parallèle, on aura plein de performances, de conférences, de projections, d’ateliers ainsi qu’un village d’artisans locaux. Nous voulons toucher un public qui n’a pas l’habitude de ce type d’ambiance et qui a souvent une vision partielle et négative du graffiti. De plus, il était hors de question pour nous qu’un festival de street culture soit cher (27€ la journée). Il nous fallait respecter l’ADN de l’art de rue, gratuit et à la disposition de tous. Sinon, LaBel Valette Family c’était six bénévoles il y a un an et demi, devenus une cinquantaine aujourd’hui.

Il vous a fallu un an et demi de négociation ardue pour trois jours de festival. Pourquoi un tel défi ?

J’ai convaincu le propriétaire du château de La Valette, un château qui hantait mes rêves de gosse, en expliquant que j’étais du coin et que je voulais en perpétuer l’histoire avant qu’il ne soit métamorphosé en une sorte de Center Parcs. Investir cette propriété de 40 hectares, c’est une façon de faire renaître des sites patrimoniaux isolés. Alors qu’il était dubitatif au début, il a investi de l’argent pour remettre le lieu aux normes et nous a aidé pour les démarches administratives. Ce festival, c’est aussi une manière de recréer de l’activité dans les campagnes, en l’occurrence ici dans le petit village de Pressigny-les-Pins (Loiret). Et ça fonctionne puisqu’une épicerie y a rouvert il y a trois mois. Nous sommes ravis de constater l’engouement local. Nos visites guidées du domaine, prévues jusqu’en octobre, affichent complets et sont majoritairement prisées par les retraités des environs.

La chapelle de l'artiste Matthieu Dagorn / © Tisky
La chapelle de l’artiste Matthieu Dagorn / © Tisky

L’an dernier, le festival avait dû être annulé après le refus de la mairie. Cela vous a-t-il obligé à revoir votre copie ?

La mairie a fait preuve d’un véritable acharnement contre le projet. Mais au lieu de nous décourager, cela a renforcé notre besoin de s’affirmer, de montrer qu’une initiative citoyenne bienveillante pouvait triompher face à la peur inculquée par une municipalité à l’esprit obtus. Nous avons reçu un soutien immense des partenaires qui ne nous ont pas lâchés et nous avons pu nous appuyer sur des bénévoles déterminés. Le lancement de nos visites guidées au printemps a contribué à redorer l’image du projet. Plutôt que de se contenter du négativisme de la municipalité à notre égard, les habitants, curieux de voir par eux-mêmes, sont venus se faire leur propre opinion. Ils sont tous repartis tous avec des étoiles dans les yeux. On reçoit aussi des visiteurs venus de Lyon ou des Pays-Bas. C’est dingue ! Avec du recul, les bâtons dans les roues que nous a mis la mairie nous ont permis de nous perfectionner. Alors que les artistes de l’an dernier n’avaient travaillé que dans les dortoirs, ce contretemps a permis d’investir tout l’extérieur du domaine et de créer des installations spectaculaires comme celle sur la chapelle de Matthieu Dagorn.

Une deuxième édition du LaBel Vallette Fest est-elle déjà prévue et avez-vous d’autres projets avec votre association Urban Art Paris ?

A terme, nous rêvons de convertir le château de La Valette en centre artistique dédié à la scène street art européenne mais tout reste à discuter avec le propriétaire. Sinon, nous avons postulé pour reprendre le local du Grand Bouillon, l’ancien café culturel d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Nous croisons les doigts pour faire revivre ce lieu mythique et en faire un QG des cultures urbaines grâce à une programmation qui associe les associations locales.

Infos pratiques : LaBel Valette Fest, du 7 au 9 septembre au domaine de La Valette, route de Montargis, Pressigny-les-pins (45). Tarifs : pass 3 jours avec camping 75€, 27€ la journée, 6€ la nuit en camping. Des navettes sont prévues depuis la gare de Nogent-sur-Vernisson et depuis le camping de Montargis. Plus d’infos sur labelvalettefest.com et sur Facebook

 

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