Culture
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Dans le 93, avec le Fratellini Circus Tour, le cirque occupe le terrain

La funambule Tatiana-Mosio Bongonga évoluera dans le ciel de Saint-Denis le 8 juin prochain. On vous conseille d’y être ! / Julie Cartier-Cohen

Ses locaux étant en chantier depuis 2022, l'Académie Fratellini, haut lieu de formation et de diffusion du cirque en France, a choisi le mode itinérant sur le territoire de la Seine-Saint-Denis d'ici sa réouverture en septembre 2025. Alors que se profile une séquence phare à Saint-Denis, retour avec Stéphane Simonin, directeur général de la structure, sur ce fameux Fratellini Circus Tour.

Depuis septembre 2022, l’Académie Fratellini a mis en place le Fratellini Circus Tour, au cours duquel l’Académie s’installe dans différentes villes de Seine-Saint-Denis. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet ?

Stéphane Simonin : Située à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l’Académie Fratellini est actuellement en travaux de rénovation et d’extension des bâtiments. C’est un projet beau et ambitieux, écologique aussi puisqu’on procède à une dépollution des sols. Il était néanmoins impossible de maintenir sur place notre partie diffusion et présentation durant le chantier. D’où un grand projet artistique et culturel sur le territoire qui nous ramène aux racines du cirque : l’itinérance. Aller chez les gens, c’est ce que le cirque sait faire, que ce soit dans l’espace public ou sous un chapiteau. Nous allons donc à la rencontre de notre public. Car le cirque est l’art de la relation avec sa piste ronde. Ce projet un peu fou nous amène donc à faire un tour de la Seine-Saint-Denis. Il s’agit de montrer les spectacles de nos élèves et de compagnies invitées, mais aussi de proposer de la pratique. Car tout le monde peut faire du cirque, de la maternelle à la maison de retraite. Le tout dans une logique de gratuité.

Vous avez séjourné à La Courneuve en 2022, à Saint-Ouen et Pierrefitte-Villetaneuse en 2023. Vous vous installez en ce mois d’avril à Aubervilliers et serez en mai et juin à Saint-Denis. Que vous apporte cette itinérance par rapport à la « sédentarité » habituelle de l’Académie ?

Déjà, nous avons rencontré beaucoup de personnes sur les territoires. Des habitants bien sûr mais aussi des structures culturelles, associatives. Autant de relais d’une richesse incroyable avec lesquels nous souhaitons continuer à travailler. Et puis cela « enlarge notre Paris », car la saison prochaine se déroulera également en itinérance, les travaux à l’Académie s’achevant en 2025. Cela a également transformé notre manière de travailler. À chaque fois que nous arrivons dans une nouvelle commune, il nous faut être inventifs, souples… Ce n’est pas toujours facile mais c’est enrichissant.

Vous le disiez, cette fois, vous allez vers le public. Ce n’est pas lui qui se déplace chez vous, volontairement, à l’Académie. Est-ce qu’il faut partir à sa conquête, en un sens ?

Le cirque a cette capacité fabuleuse d’attiser la curiosité. Quand on s’installe sur l’espace public, cela suscite forcément l’intérêt des gens, leurs questions. Cela étant, il est essentiel de demeurer humble puisqu’on vient chez eux. Nous restons deux à trois semaines au même endroit et je constate à chaque fois le même mécanisme chez les habitants : la surprise, l’engouement, la mise en place d’une dynamique et le temps du départ. En sachant qu’on laisse toujours quelque chose. C’est consubstantiel au cirque. Lors de cette itinérance, nous croisons des populations en difficulté pour lesquelles on peut se dire que voir du cirque n’est pas l’urgence vitale. En même temps, passer ensemble un moment convivial de poésie qui élève au-dessus des affres du quotidien, cela n’a pas de prix. Cet accès à la culture, à la possibilité de rêver, est essentiel pour tous.

Vous serez en escale du 25 mai au 29 juin à Saint-Denis, ce qui constitue un point d’orgue de ce circuit itinérant. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Comme évoqué précédemment, nous serons d’abord du 13 au 28 avril à Aubervilliers pendant deux semaines, en partenariat avec le lieu culturel Le Point Fort. Puis, à Saint-Denis, nous investirons tour à tour cinq quartiers différents de la ville – Floréal, Pierre Simard, les Francs-Moisins notamment – pour présenter des spectacles et proposer des ateliers. Nous avons invité la compagnie Basinga et, le 8 juin, se déroulera un événement exceptionnel appelé Lignes ouvertes. La funambule Tatiana-Mosio Bongonga effectuera une traversée de 200 m à 20 m du sol entre le jardin de l’Écluse et le Stade de France en passant au-dessus du canal Saint-Denis. Pour cet événement qui s’inscrit dans le cadre de l’Olympiade culturelle, nous attendons près de 10 000 personnes ! Une cinquantaine d’habitants vont d’ailleurs y participer en tant que « cavalettistes » : pour éviter les oscillations latérales du fil, il faut que des personnes le tiennent tous les huit mètres. Nous allons également donner plusieurs spectacles mêlant cirque et hip-hop avec nos élèves et nous retrouverons l’intérieur de la basilique Saint-Denis pour un nouveau spectacle associant corde lisse et équilibriste. Une belle occasion de faire corps avec le monument et de travailler sur sa hauteur. Ensuite, la réouverture de l’Académie étant prévue en septembre 2025, nous repartirons en itinérance à travers le territoire pour la saison prochaine.

Infos pratiques : Fratellini Circus Tour, à Aubervilliers du 13 au 28 avril au Point Fort, 174, avenue Jean-Jaurès, Aubervilliers (93). Accès : métro Fort d’Aubervilliers (ligne 7). Puis du 25 mai au 29 juin en escale à Saint-Denis dans différents quartiers de la ville. Spectacles et ateliers accessibles gratuitement. Plus d’infos sur académie-fratellini.com

L'Académie Fratellini à Saint-Denis / © Julie Carretier Cohen
L’Académie Fratellini à Saint-Denis / © Julie Carretier-Cohen