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On a testé le routier portugais le moins cher d’Île-de-France

Le mardi, chez 5 Quinas à Saint-Denis, c'est poulet-frites / © Julie Viagas
Le mardi, chez 5 Quinas à Saint-Denis, c’est poulet-frites / © Julie Viagas

Flacon de piri-piri sur la table, azulejos aux murs, écharpes de foot vert et rouge… Chez 5 Quinas, institution lusophone à Saint-Denis, on dépote un imbattable menu depuis près de trois décennies. Entrée, plat, dessert et bouteille de vin entière à 15 € par personne. La journaliste d'Enlarge your Paris Julie Viagas s'y est attablée alors que se tient dans le Grand Paris la 21ᵉ édition de la Semaine gastronomique portugaise, à Valenton du 21 au 30 mars.

« La carte, cest moi ! », braille José le taulier, en remplissant les carafes de vin manu militari. Ici, chez 5 Quinas à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), pas de menu imprimé ni de grand tralala. Sets en papier sur les tables, baby-foot, télé les jours de match… Dans cette grande tasca (cantine) portugaise, l’ardoise change tous les jours. Depuis 25 ans, suivant les traces de son père, Zé (comme on le surnomme affectueusement) accueille une bonne partie de la communauté portugaise de Seine-Saint-Denis. Mais aussi éboueurs, étudiants fauchés et habitants du coin.

Du lundi au dimanche, toute une France qui charbonne dur et veut grailler à satiété défile chez 5 Quinas (prononcer Sink’ Kinass). Les quinas, ce sont ces cinq écussons disposés en croix, au centre du blason du Portugal, que vous retrouvez d’ailleurs sur les sets de table – et sur le drapeau portugais. Ils représentent les cinq rois maures vaincus par Alphonse Henriques lors de la bataille d’Ourique en 1139, en pleine Reconquista chrétienne. À midi, le repaire ne désemplit pas. Et pour cause : moyennant 15 € par personne, on vous apporte sur table une carafe de vin (75 cl), une entrée, un plat et un dessert. Si l’inflation est passée par là (il y a deux ans, le même menu ouvrier était encore à 13 €), la douloureuse reste plus que raisonnable. Surtout, à condition de se pointer tôt, les habitués ont le choix chaque jour entre trois entrées, trois plats, et une ribambelle de desserts : panna cotta citron ou fraise, tiramisu, salade de fruits, mousse choco ou coco, profiteroles…

Un semainier pour faire le tour du pays en 7 jours

Sur le principe d’un semainier, un même plat principal revient selon les jours. Bien pratique pour s’organiser en cuisine, anticiper les achats, négocier les produits moins chers. Le nerf de la guerre quand on est restaurateur ! Lundi : poulpe. Mardi : poulet/frites. Mercredi, feijoada, sorte de cassoulet de haricots blancs, rouges ou noirs, servi avec de la viande et du riz blanc (un classique du nord-est du Portugal, typique de la région du Trás-os-Montes, qu’on trouve aussi dans le Minho et le Douro). Jeudi : sauté de porc et palourdes, pommes de terre dorées, à la mode Alentejo, une région plus au sud. Vendredi : bacalhau (la fameuse morue). Samedi : cozido a portuguesa, ravigotant pot-au-feu, mixant légumes, riz, volaille, porc, saucisses fumées… Et le jour du Seigneur ? Ne ratez pas l’une des spécialités de la maison : un plat nordiste, à base de chevreau et de veau cuits au four.

Car c’est du nord que vient Filipe, le chef, de Villa Real plus précisément, non loin de Porto, dans la vallée du haut Douro. Il lui en faut de l’énergie pour nourrir toutes ces bouches. Une bonne centaine de couverts, répartis dans deux salles, vous pensez ! À ce rythme (et à ce prix) là, on ne peut pas trop en demander. Tiago, notre invité et cobaye (Portugais pur jus originaire de la région de Lisbonne) et moi-même nous jetons sur les entrées. Œufs durs mayo pour lui (mayo industrielle) ; poireaux vinaigrette pour moi (vinaigrette industrielle itou) déjà préparés en amont, vite vus.

Un voisin de table qui affiche la couleur / © Julie Viagas
Un voisin de table qui affiche la couleur / © Julie Viagas

« Si les zombies nous poursuivent, je te fais tomber »

Mais les plats principaux, eux, ne blaguent pas. Monsieur disparaît derrière sa maousse assiette de frites, riz blanc, bifteck, crème aux champignons de Paris… Quant à moi, avec mon demi-poulet rôti et ma batterie de frites bien croustillantes, je ne vais pas non plus mourir de faim. On vide allègrement le flacon de rouge, fruité et frais, directement puisé à un cubi de la maison C.A.R.A, domaine de la vallée du Douro. Laquelle, soit dit en passant, ne produit pas que du porto ! L’occasion de découvrir des cépages du cru : Tinta Barroca, Touriga Franca et Tinta Roriz.

Une vieille Chinoise sans âge, visière en plastique rose fluo vissée sur la tête, passe de table en table, égrenant sa camelote : set de manucure, peluches pour enfants, couteaux de cuisine. L’arrière-salle, agrémentée d’une fresque bucolique, est plus cosy, avec ses tables rondes, nappées de frais. Je sympathise avec mon voisin. Encore un Zé, tiens ! Le quinqua franco-portugais haut en couleur arbore un tee-shirt rigolo : « Si les zombies nous poursuivent, je te fais tomber ». C’est aussi et surtout ça, 5 Quinas : un de ces refuges populaires où on tutoie d’office et où on lève le coude sans crainte de l’amie modération.

Infos pratiques : 5 Quinas, 1, rue Albert-Einstein, Saint-Denis (93). Ouvert tous les jours de 6 h à 22 h. Accès : métro Basilique de Saint-Denis (ligne 13) ou tram T1 arrêt Hôpital Delafontaine

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