Société

|

« L’agriculture urbaine change complètement le caractère de la ville »

Potager vertical installé par METRO France et INFARM dans l’entrepôt METRO de Nanterre. Des herbes aromatiques y poussent toute l’année sans pesticides en culture hydroponique.  L’hydroponie est une technique de culture hors-sol, les racines des plants plongent dans une solution nutritive minérale.
Potager vertical installé par METRO France et INFARM dans l’entrepôt METRO de Nanterre / © Giovanni Del Brenna

Pendant trois ans, le photographe Giovanni Del Brenna a consacré une série de reportages à l'agriculture urbaine dans le Grand Paris. Ses clichés sont exposés jusqu'au 1er juillet sur les grilles de l'Hôtel de Ville de Paris. Il nous livre son témoignage.

Cela fait maintenant trois ans que je suis attentif à l’agriculture urbaine. J’en avais entendu parler au Canada, aux Etats-Unis et en Allemagne. Lorsque je m’y suis intéressé en France, nous étions au début de l’éclosion du phénomène, avec le premier appel à projets Parisculteurs lancé par la Mairie de Paris. En tant que citadin, j’étais attiré par l’idée d’agriculture urbaine, un oxymore qui lie deux mondes en contraste, l’urbain et le paysan. C’est ce que j’ai voulu documenter à travers une série de reportages démarrée en 2017. 

Chaque projet d’agriculture urbaine a sa particularité et tous les acteurs sont différents, même s’ils ont en commun l’écologie et le développement durable de la ville. Au début, j’ai eu quelques difficultés à accéder à ces lieux exceptionnels, puis de fil en aiguille j’ai avancé. J’ai eu beaucoup de plaisir à les photographier. Ce sont des endroits qui ne sont pas visibles et que les Parisiens ne peuvent pas visiter. Je pense aux 1000 m2 de potager sur le toit de l’opéra Bastille ou aux champignonnières et aux endives qui poussent dans des parkings souterrains, ou encore aux fraises dans des containers. Ma curiosité pour ces espaces fermés où se développent des technologies nouvelles portées par des passionnés m’a poussé à continuer. C’est un travail visuellement intéressant mais aussi humainement.

L’éclosion d’une autre ville

L’agriculture urbaine change complètement le caractère de la ville. C’est un symbole de l’écologisation des mentalités. Un des moments forts de ces années passées à l’étudier a été ma transhumance avec les Bergers Urbains de Seine-Saint-Denis. Lorsqu’ils arrivent quelque part, les visages changent, les gens s’approchent des moutons, interrogent, rient, sont surpris, et la bonne humeur s’installe. Dans les banlieues, les plus anciens se rappellent leur enfance au bled, les plus jeunes sont curieux et caressent les bêtes. La ville se transforme par le simple fait de la présence des moutons. C’est presque une performance artistique. Peut-être qu’un jour tout cela n’aura plus rien d’exceptionnel. Mais pour l’instant, cela reste vraiment surprenant.

Infos pratiques : Exposition « Paris agricole » sur les grilles de l’Hôtel de Ville, 29 rue de Rivoli, Paris (4e). Jusqu’au 1er juillet. Accès : Métro Hôtel de Ville Ligne 1 et 11.

Cueillette de houblon collaborative aux Grands Voisins dans le 14e arrondissement. Hans Bodart à l’arrière, Edouard Roussez (président de Houblon de France) à gauche, Bruno Vitasse de Zone-Ah et directeur de Zé-bu en rouge, et deux membres de l’association Biocycle. Paris XIVe, septembre 2017.
Cueillette de houblon collaborative aux Grands Voisins dans le 14e arrondissement / © Giovanni Del Brenna
Potager sur le toit du Bon Marché, conçu et entretenu par Topager ; les herbes aromatiques, les fleurs comestibles et les salades sont destinées aux chefs du Restaurant La Table de la Grande Epicerie de Paris.
Potager sur le toit du Bon Marché, conçu et entretenu par Topager / © Giovanni Del Brenna
Les Bergers Urbains de Seine-Saint-Denis en pâturage dans la résidence Lumière des 4000 avec les brebis de l’association Clinamen pour le bailleur social Plaine Commune Habitat. La Courneuve, novembre 2018.
Les Bergers Urbains de Seine-Saint-Denis en pâturage à La Courneuve / © Giovanni Del Brenna
Un container aménagé par Agricool dans le 13e arrondissement. Des fraises y poussent toute l’année sans pesticides grâce à une atmosphère contrôlée et des lumières LED. Un container de 30 m2 peut produire jusqu’à 7 tonnes de fraises par an, l’équivalent de la production de 4000 m2 en pleine terre. Paris XIIIe, août 2018.
Un container aménagé par Agricool dans le 13e arrondissement. Des fraises y poussent toute l’année sans pesticides grâce à une atmosphère contrôlée et des lumières LED / © Giovanni Del Brenna

A lire : Six toits potagers au top dans le Grand Paris