Société

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Comment bâtir des villes comme des forêts ?

La pépinière Vive les Groues ! à Nanterre / © Thierry Boutonnier
La pépinière Vive les Groues ! à Nanterre / © Thierry Boutonnier

Le 11 mai, la pépinière Vive les Groues ! du collectif Yes We Camp à Nanterre organise "Une journée avec les arbres" pour réfléchir à leur place en ville. L'artiste Thierry Boutonnier, partie prenante de ce projet, nous livre sa vision.

Comment bâtir des villes comme des forêts ? Cette question s’inspire de l’invitation de l’artiste Joseph Beuys à devenir urbain avec ces êtres que sont les arbres. Suivant l’exemple du personnage d’Élzéard Bouffier décrit par Jean Giono, il semble possible de planter des arbres pour faire une forêt accueillante, irriguant à nouveau les cours d’eau, luttant contre la désertification et civilisant ainsi les humains qui s’installent а nouveau dans un habitat fertile. Plutôt qu’un assemblage bien charpenté, la ville-forêt serait une greffe, une intelligence collective arbre-humain à l’œuvre.

La ville-forêt opère alors un retournement : il ne s’agit plus de jungle urbaine. La dalle de toutes les prédations les plus violentes donne lieu à un écosystème complexe, vertueux et cultivé où les humains mycorhisent avec les plantes. Dans le bitume fissuré par des racines sereines, le sauvage a un parfum désirable. Mais les arbres ne devraient plus s’aligner selon notre seul point de vue, même en ronde, ils ne se résoudront pas à devenir des îlots de fraicheurs.

« La promotion canopée nous impose de comprendre »

Notre utilitarisme fait encore feu de tout bois et les arbres vivants nous résistent. Est-ce que la ville-forêt cache un triste arbre solitaire pris dans une fosse de péremption, ou, solidaires de ces êtres collectifs, nous ouvrons nos murs comme nos cœurs avec permanence ? L’artificialisation des sols peut-il être compensé par des transplantations d’arbres à hautes tiges sur des parkings sous-terrain ?

La représentation positive des arbres urbains peuple toutes les ZAC du Grand Paris. Un immeuble, un quartier ou une ville fait valoir sa strate arborée même si dans les faits les trottoirs se languissent des persistants en pot. La promotion canopée nous impose de comprendre, au nom de l’arbre devenu véritable sujet de droit, l’évolution de sa représentation et de son instrumentalisation. Nous remarquons déjà les limites du singulier et du pluriel pour cerner un individu pluripotent. Ainsi, la réitération trouble les contours de l’arbre avec précision d’où émerge un être symbolique dans la continuité de sa matière ligneuse.

Le 11 mai, nous souhaitons déconstruire l’utilitarisme et le marchandage qui scient la branche des arbres-mondes qui nous portent. Bien qu’une vie d’humain ne pourra suffire pour comprendre ces êtres inspirants, pendant une après-midi, à travers la parole d’arboricultrices, de sylvicultrices, de paysagistes ou de pépiniéristes des villes et des champs, nous chercherons et veillerons а ce que cet être qui nous dépasse, nous dépasse.

Infos pratiques : « Une journée avec les arbres – micro-confs, ateliers et fêtes » à la pépinière Vive les Groues !, 284-290 rue de la Garenne, Nanterre (92). Samedi 11 mai de 14h à 22h. Entrée libre. Accès :  Gare de Nanterre Préfecture RER A / Tramway T2 arrêt Les Fauvelles. Plus d’infos sur Facebook

A lire : « Plus il y a d’arbres en ville mieux l’on se porte »