Société

|

Paris Derrière ose regarder la sexualité en face

Emmanuelle, journaliste et fondatrice du site d'information Paris derrière / © Paris derrière
Emmanuelle, journaliste et fondatrice du site d’information Paris Derrière / © Paris Derrière

Il y a cinq ans, Emmanuelle, ancienne journaliste politique, a eu l'idée de créer Paris Derrière, seul site d'information exclusivement consacré à la sexualité et aux enjeux qui en découlent. Ce 22 mai, elle lance les apéros Paris derrière, des temps d'échanges pour se familiariser avec l'érotisme.

Quelle est la genèse de Paris Derrière ?

Emmanuelle Julien : J’ai créé Paris Derrière il y a cinq ans sous la forme d’un blog. Auparavant, j’avais été journaliste pendant 13 ans, notamment au service politique de RTL. Je me suis lancée dans l’aventure Paris derière après être parvenue à la conclusion que la sexualité était un sujet où l’on était en déficit d’information de qualité. Pour preuve, à l’époque les journalistes spécialisés n’existaient quasiment pas. Or, il y a un besoin et une demande d’information sur ces questions. J’ai donc construit le site que j’aurais aimé lire. Paris derrière est aujourd’hui le seul et unique site d’information entièrement consacré à la sexualité. En choisissant de me focaliser sur Paris, je dispose d’un terrain d’étude qui me permet de parler de la sexualité en général et de l’illustrer au travers de reportages. Avec la politique, j’ai pu par le passé observer de près les rapports de pouvoir dans la sphère publique. Avec la sexualité, je les observe désormais dans la sphère privée. La sexualité est un sujet très riche et très hétérogène que je veille à traiter avec sérieux mais aussi avec humour.

La sexualité est-elle un sujet comme un autre ?

La sexualité est absolument partout. On est à la fois sur-exposé et sous-informé. Et avec Internet, on est en train de vivre une seconde révolution sexuelle. Les blogueurs ont été nombreux à prendre la parole. Beaucoup moins les journalistes. C’est pour ça que depuis cinq mois, je me consacre à plein temps à Paris Derrière afin d’obtenir le statut de média. Je suis accompagné pour ce faire par le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne). La sexualité est une source infinie de sujets. Il existe bien des magazines sur les camping-cars. Pourquoi pas sur la sexualité !? Il y a beaucoup plus de gens qui se sont posés des questions sur la sodomie que sur les vacances en camping-car. Quand on parle de sexualité, on parle en fait de liberté. Pour les femmes, cela demeure plus compliqué que pour les hommes. Elles sont encore trop souvent culpabiliséses. Donc elles s’autorisent moins de choses sexuellement. Ce qui a pour conséquence de générer la misère sexuelle des hommes. Tant que les hommes continueront de censurer la liberté sexuelle des femmes, alors cette misère sexuelle n’est pas prête de s’arrêter. C’est pourquoi il est si important de libérer la parole. A l’Assemblée nationale, on trouve des lobbies  pour tout, sauf pour ce qui concerne le sexe. Ce n’est pourtant pas un sujet dénué d’intérêt. 

Comment travaillez-vous ?

Avec les journalistes qui m’entourent, nous nous sommes fixés comme mission d’effectuer un travail de fond – sans mauvais jeu de mots – sur les sujets ayant trait à la sexualité. On ne cherche pas à faire le buzz. Il y a des papiers dont on sait qu’ils feront peu d’audience mais ce n’est pas notre seul critère. Il n’y a pas non plus d’injonctions de notre part. Il ne s’agit pas de vous dire d’être comme ci ou comme ça. D’autant qu’avec la sexualité, on est déjà confronté à un discours de la performance. C’est ce qui gâche tout. Paris Derrière vous invite à vous découvrir. C’est aussi une façon de se rendre compte que l’on partage les mêmes préoccupations, les mêmes fantasmes que d’autres.

Quel est le concept des apéros Paris Derrière que vous inaugurez le 22 mai ?

Avec les apéros Paris Derrière, nous souhaitons faire partager à nos lecteurs l’expertise et le réseau de la rédaction. A chaque fois, nous aurons des invités qui viendront partager leur savoir. Le but ici est d’établir un cadre dans lequel on se sente en confiance. On veut que les participants repartent plus riches grâce aux échanges que ces rencontres auront générés et qu’ils se sentent ensuite plus libres de dépasser leurs conditionnements. La morale pèse énormément en matière de sexualité. Mais les choses sont en train d’évoluer. On le voit notamment avec le débat suscité par le livre de Martin Page Au-delà de la pénétration (Ed. Monstrograph) qui remet en cause la sexualité exclusivement coïtale. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’y a pas une mais des sexualités. Avec Paris Derrière, j’ai l’impression de contribuer à cette conquête de l’ouest du sexe. Et c’est très excitant. 

Infos pratiques : 1er apéro Paris Derrière mercredi 22 mai (complet). Le suivant est prévu le 3 juillet (les inscriptions seront lancées via la newsletter de Paris Derrière). Tarif : 22€. Plus d’infos sur parisderriere.fr

A lire : Le Cabaret de Poussière réduit les préjugés en cendres