Société

« Versailles incarne la ville modèle du XXIe siècle »

Versailles vue de haut depuis la place d'Armes / DR
Versailles vue du ciel depuis la place d’Armes. Au fond, la pièce d’eau des Suisses et le Potager du Roi / DR

A l'heure où la nature en ville est vue comme une solution pour répondre au réchauffement climatique, François de Mazières, maire de Versailles et ancien président de la Cité de l'architecture, entend montrer que la cité royale est un exemple à suivre.

Vous souhaitez que Versailles devienne « le pôle nature-culture » du Grand Paris. Quels sont les atouts de la ville pour prétendre à ce statut ?

François de Mazières : L’histoire de Versailles est très liée aux jardins, que ce soit avec le parc du château ou encore le Potager du Roi. Or, durant la période où j’étais président de la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, de 2004 à 2012, je me suis rendu compte qu’il y avait un changement d’approche dans la manière de penser la ville et qu’il s’agissait désormais de marier la nature et le bâti. On a tourné la page de la ville machine qui dompte son environnement car on a pris conscience que le monde était mortel. En cela, Versailles présente une modernité extraordinaire et incarne ce que l’on attend de la ville du XXIe siècle. Pourtant, j’ai le souvenir que lorsque je suis arrivé à la Cité de l’architecture, il y avait une guerre entre paysagistes et architectes. Les architectes détestaient l’approche HQE (haute qualité environnementale), ce que l’on pouvait d’ailleurs comprendre tant cette approche était systématique. Depuis, on a vécu un basculement. Aujourd’hui, on met des arbres dans tous les projets. Il suffit de voir le projet 1.000 arbres qui doit voir le jour au-dessus du périphérique. A Versailles, nous tâchons d’écrire la ville modèle du XXIe siècle dans laquelle la nature rejoint la culture. En 2019, nous accueillerons la biennale d’architecture et du paysage lancée par la région Île-de-France sur le thème de la « ville nature ». Et, comme chaque année, du 1er au 30 juin, nous organisons le Mois Molière avec 360 spectacles majoritairement en entrée libre. Dès 2008,  à l’occasion de la consultation internationale sur le Grand Paris, les équipes d’architectes et d’urbanistes qui avaient planché sur l’avenir de la métropole avaient identifié neuf pôles autour de Paris avec des vocations différentes, Versailles s’imposant comme le pôle nature et culture.

Quelle importance revêt la culture dans la gestion d’une ville ?

A Versailles, nous avons une vie culturelle extrêmement développée avec un budget qui se situe dans la moyenne. L’un des risques dans la culture est de faire des choses qui servent avant tout la communication et pas le travail sur le long terme. Les villes sont de plus en plus sollicitées pour mener des actions culturelles de prestige. Mais ce qui est coûteux autant qu’indispensable, ce sont tous les dispositifs d’accès à la culture, notamment en matière de formation artistique par le biais des conservatoires ou des écoles des Beaux-Arts. Ceci ne rapporte rien en termes d’image. Mais il faut considérer la culture comme un investissement pour l’avenir.

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Le Potager du Roi à Versailles / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris
Le Potager du Roi à Versailles / © Jean-Fabien Leclanche pour Enlarge your Paris

Pour le directeur artistique Jean Blaise, qui a développé l’offre culturelle à Nantes durant une trentaine d’années à partir de la fin des années 1980, si vous faites payer l’accès à la culture ou si vous la cantonnez dans des lieux fermés, le risque est de ne toucher qu’un public restreint. Faites-vous le même constat ?

La plupart des spectacles du Mois Molière sont gratuits. Ceux qui ne le sont pas sont souvent proposés par les troupes de théâtre amateur. Les spectacles joués par les professionnels sont achetés par la Ville, notamment aux compagnies qu’elle accueille tout au long de l’année en résidence. Elles sont au nombre de neuf à l’heure actuelle. Outre les spectacles joués dans la cour des Grandes écuries, où les places sont attribuées aux premiers arrivés, nous nous appuyons sur le théâtre de rue pour toucher le plus grand nombre. Les représentations ont lieu dans tous les quartiers de la ville et notamment dans des sites historiques que nous avons réhabilités en espaces culturels comme l’ancienne caserne de Croÿ ou la chapelle de l’ancien hôpital royal devenue l’Espace Richaud.

Justement, quel regard portez-vous sur le Loto du patrimoine piloté par Stéphane Bern ?

Le Loto du patrimoine va permettre d’être un accélérateur pour quelques projets. Mais ça ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Les budgets de l’Etat consacrés à l’entretien du patrimoine ont tendance à baisser. J’y suis confronté avec l’église Notre-Dame construite par Mansart sous le règne de Louis XIV et pour laquelle les travaux sont estimés à 10 millions d’euros, ce qui représente la totalité des investissements de la Ville pour une année. Nous avons donc proposé à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) le principe d’un cofinancement sur 10 ans à hauteur de 50%. Un effort extrêmement important pour nous alors même que nous avons connu une baisse historique de nos dotations venues de l’Etat et une augmentation très importante des prélèvements. Malheureusement, la DRAC nous a répondu être incapable de suivre, cette somme représentant la moitié de tous ses crédits annuels pour toutes les églises des Yvelines. On risque de se retrouver face à un sérieux problème d’entretien du patrimoine. Raison pour laquelle il faut innover. En cela, la réhabilitation de l’Espace Richaud est un parfait exemple. Cet ancien hôpital royal construit sous Louis XVI était à l’abandon et nous en avons fait un projet d’urbanisme. Nous avons souhaité pour cela qu’il soit ouvert, comme l’est le Palais royal à Paris, et non pas fermé sur lui-même. Il est évident qu’un promoteur aurait sans doute commencé par installer des grilles. Nous avons posé comme condition que la circulation du public puisse s’effectuer sans entrave. Les abords du bâtiment ont donc été aménagés par la Ville en jardin public. Le reste de la réhabilitation, qui a permis la création de logements, a été financée par Ogic et pilotée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. L’Etat, qui était propriétaire des murs, a réalisé une bonne affaire puisqu’il avait acquis le site 3,5 millions d’euros et qu’il l’a revendu 11 millions d’euros en ruines. La chapelle, qui se situe au cœur du bâtiment, a quant à elle été récupérée par la Ville pour un euro symbolique afin d’être transformée en lieu d’exposition. C’est un peu notre Loto du patrimoine du quotidien.

Infos pratiques : Le Mois Molière, 360 spectacles du 1er au 30 juin dans 60 lieux à Versailles (78). Plus d’infos sur moismoliere.com

L'Espace Richaud dans l'hôpital royal de Versailles / © Nicolas Borel
L’Espace Richaud, espace culturel aménagé dans la chapelle de l’ancien hôpital royal de Versailles / © Nicolas Borel

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