Société

Smart city : Ecoute battre ma ville

A Champs-sur-Marne (77), un établissement scientifique a créé un laboratoire à ciel ouvert où l'échantillon placé sous le microscope est une ville de 250 m². De quoi expérimenter dans les conditions du réel les technologies qui feront et la ville de demain.

Comme une envie d’air frais ou juste respirable ? Et s’il suffisait de dégainer son smartphone pour connaître l’itinéraire le plus allégé en  particules fines. C’est l’une des applications parmi tant d’autres qui pourrait voir le jour grâce à Sense City. « Edifiée » au pied de l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar), la « ville sensible » se compose de deux maisons en bois, d’une route, de lampadaires, d’un rond-point, d’un coin de verdure et d’une soixantaine de capteurs qui mesure et communique de gros volumes de données sur la qualité de l’air intérieur et extérieur, les infrastructures de réseau ou encore la performance énergétique.

 

Sense City / © Géraldine Bouton
Installation Sense City à l’Ifsttar / © Géraldine Bouton

« La densité de capteurs y est bien plus grande que ce qui peut exister aujourd’hui dans un espace urbain, explique Bérengère Lebental, coordinatrice du projet et ingénieure des Ponts et Chaussées. Pour la pollution de l’air par exemple. Airparif compte une vingtaine de stations en Île-de-France. Avec les capteurs, nous pourrions imaginer quadriller la ville et obtenir des données encore plus fines. Mais pour ce faire, il faut savoir où et à quelle hauteur installer ses capteurs, illustre l’ingénieure avant d’expliquer le travail actuellement engagé sur le suivi de la qualité de l’air en ville à partir des variations de concentration de polluants dans le temps et l’espace en fonction de la présence d’automobiles, des conditions météorologiques locales, (etc.).

Modulable au gré des recherches, Sense City permet de « tester des prototypes et de développer des capteurs car la technologie est encore onéreuse. Les expérimentations sont menées selon des scénarios urbains réalistes. » Un sacré avantage quand on sait que « ce qui est testé en labo n’est pas forcément aussi efficace, une fois, sur le terrain. »

 

Plus saine la ville

 

Selon l’Ifsttar, la présence dense de capteurs en milieu urbain permettrait à la cité de demain de s’auto-diagnostiquer en continu pour aller vers une ville énergétiquement économe, environnementalement plus propre, sanitairement plus sûre. A l’heure de la transition énergétique, ça se défend ! Bérengère Lebental qui voit l’intérêt social des nanotechnologies, explique qu’il y a finalement « peu d’applications dans ce domaine et qu’on peut faire des choses plus utiles que des Game Boy », plaisante-t-elle.

Des choses utiles comme l’instrumentation en temps réel du comportement énergétique d’un bâtiment, l’interaction piéton/cycliste, le développement du géo-radar pour la détection d’objets enterrés ou encore la route intelligente. « Nous testons également des capteurs noyés dans les matériaux comme le béton et bientôt le béton de chanvre afin de détecter le plus rapidement possible une dégradation. Cela nécessite notamment d’étudier l’interaction entre le capteur et les matériaux. »

Inaugurée en mars 2015, Sense City est financée à hauteur de 9 millions d’euros pour la période 2011-2019. « Nous faisons partie des projets d’Equipement d’excellence financés par le Grand emprunt lancé par le Gouvernement en 2010 », indique la coordinatrice de cette expérimentation pilotée par l’Ifsttar et portée par un consortium de plusieurs partenaires dont le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, Le Laboratoire de Physique des Interfaces et des Couches Minces, (etc.).

Prochaine étape : l’agrandissement de la ville. « La surface va doubler et se doter, entre autres, d’une chambre climatique et d’un sous-sol. L’idée étant de tester au plus près du réel, particulièrement dans des situations de pollution, de pluie, etc. » Bref, bientôt en ville… on va tout capter.