Culture

Saint-Ouen : la galerie d’art qui veut secouer les Puces

Trois trentenaires viennent d'ouvrir la première galerie d'art contemporain située au milieu des puces de Saint-Ouen. Rencontre.

Quand l’antique adoube l’avant-garde, choc des cultures garanti. Ils sont arrivés deux jours avant l’ouverture au public et ont jeté des pièces de monnaie dans les recoins d’un vaste espace laissé brut, pour « porter chance ». Les marchands d’antiquités ont salué à leur façon, rituelle, désuète et vaguement magique, l’ouverture début mars de la première galerie d’art contemporain des Puces de Saint-Ouen.

Until then (jusqu’alors) est installée rue des Rosiers dans un entrepôt de 500 m², et de 6,50 m de hauteur, à côté d’Habitat Vintage et du café Kluger, aux tartes appétissantes. « Le meilleur spot géographique possible« , estime Mélanie Meffrer-Rondeau, l’une des trois associés de la galerie. « Nos collectionneurs aiment aussi les puces, ce sera l’occasion d’une balade pour eux.« 

 

Une vue de l'exposition actuelle. Photo DR
Une vue de l’exposition actuelle. Photo DR

 

Depuis le 1er mars, le public peut venir les week-ends, flâner dans les marchés Serpette ou Paul-Bert, et découvrir à deux pas l’exposition inaugurale d’Until then, « Many hands make light work » par le canadien Rodney Graham et le Britannique – Berlinois d’adoption – Jonathan Monk. Sculptures de doigts géants, coupés, en marbre blanc, chouette empaillée dont la tête tourne toutes les minutes… Les œuvres de Monk dialoguent avec les installations de Graham, comme ces photos de chapeaux voyageurs, sur une plaque d’acier.

Des anciens d’Yvon Lambert

Les fondateurs de la galerie, Alexa Brossard, jeune trentenaire et les deux autres, le même âge quasiment, Mélanie Meffrer et Olivier Belot, ont tous travaillé pour la célèbre galerie parisienne Yvon Lambert, qui a fermé ses portes fin 2014. Ce trio a fait le choix de poursuivre l’aventure, mais sans s’installer intra-muros. Un pari qu’ils sont les seuls à avoir tenté pour l’instant. D’autres galeries réputées, comme Ropac ou Gagosian, ont, certes, déjà ouvert une adresse en banlieue, la première à Pantin (et c’est un succès), la seconde au Bourget (réservé aux collectionneurs). Mais il s’agit à chaque fois d’un second site : chacune garde en effet un pied au centre de Paris, où accueillir les amateurs d’art, avant de les aiguiller en taxi vers le second lieu, de taille XXL, qui sert à exposer des œuvres monumentales.

Pourquoi Until then a-t-elle sauté le pas et le périph´? Pour changer la façon d’exercer leur métier. Carrément.  « Nous étions dans une réflexion sur ce que doit être une galerie aujourd’hui‘, explique Alexa Brossard. « Nous nous sommes demandé ce qui nous avait manqué auparavant et nous avons essayé de trouver une autre temporalité« , ajoute Mélanie Meffrer-Rondeau. Dans leur vie précédente, ils avaient souffert de devoir jongler entre différentes casquettes, de répondre aux questions des visiteurs cinq jours sur sept, tout en montant les futures expositions et en s’occupant de la carrière de leurs artistes…

 

L'exposition en cours. Photo DR
L’exposition en cours. Photo DR

 

Trois jours par semaine

Une quadrature du cercle qu’ils brisent aujourd’hui : leur galerie ne sera ouverte que les vendredis, samedis, dimanches, en même temps que les Puces. Pendant ces trois jours, ils se consacreront au public, conseilleront les gens, donneront des explications. Puis le reste de la semaine, ils se déplaceront dans les ateliers, les foires, les musées. Ils ne monteront également que 4 à 5 expositions par an, mais y ajouteront des performances artistiques.

Until then sera un peu plus qu’une galerie. Un lieu tourné vers le « conceptuel-humaniste« , comme le définit Alexa Brossard. « Un espace plus libre qu’un musée, pour les artistes contemporains, et une adresse chaleureuse on espère pour nos visiteurs. Ce ne sera pas un bastion bien gardé de l’art contemporain, au contraire. » Et pour mettre toutes les chances de leur côté, les trois associés se gardent bien de ramasser les piécettes jetées par les marchands. On ne sait jamais…