Société

Le Grand Paris raconté en 14 cartes de 1550 à 2018

Le Grand Paris vu de la Butte des châtaigniers à Argenteuil / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris
Le Grand Paris vu de la Butte des châtaigniers à Argenteuil / © Steve Stillman pour Enlarge your Paris

Cartographe à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme, Jean-Eudes Tilloy s'est plongé dans les archives des cartes de Paris et de sa région pour en tirer l'échographie de ce territoire toujours en gestation. Nous y avons ajouté l'une des dernières cartes en date sur le Grand Paris publiée en février dernier dans le Guide des Grands Parisiens.

Le plan de Paris par Truschet et Hoyau (1550-1552)

Plan de Paris par Truschet et Hoyau / © IAU
Plan de Paris par Truschet et Hoyau / © IAU

Gravé sur bois vers 1550 -1552, le plan de Paris dit « Truschet et Hoyau », du nom de son dessinateur et de son graveur,  est une vue à vol d’oiseau où l’Est est situé en haut du document. Son échelle est approximativement le 7 000e. Il représente Paris, ses enceintes, la Seine et sa confluence avec la Marne ainsi que la Bièvre. Cinq ponts franchissent le fleuve de part et d’autre de l’île de la Cité dont le pont Saint-Michel achevé en 1547. Trois îles sont figurées en amont dont la future île Saint-Louis. La vue oblique permet de représenter les façades des constructions, les portes de la ville, les maisons à étages, les boutiques, les églises, le Louvre fortifié et l’Hôtel de ville. Le jardin Royal s’étend sur la rive gauche, quartier de l’université avec la Sorbonne et les collèges. Les rues sont nommées. Montreuil-sous-Bois, le bois et le château de Vincennes, Charenton et son pont apparaissent en haut du plan.                     

La généralité de Paris (1708) 

La généralité de Paris / © IAU
La généralité de Paris / © IAU

 

« La Généralité de Paris divisée en ses eslections dédiée à Messire Jean Jacques Charron, intendant de la généralité de Paris, 1708. » A cette époque, l’Île-de-France se répartit en trois généralités, celles de Paris, Soissons et Orléans. Mais la généralité de Paris, qui compte vingt-deux subdivisions en tout (les élections), déborde largement le cadre de l’Île-de-France puisqu’elle mord à l’Est sur le gouvernement de Champagne et atteint au Sud-Est les confins de la Bourgogne avec les élections de Joigny, Tonnerre, Saint-Florentin et Vézelay. De même, l’élection de Guise, qui appartient à la généralité de Soissons, ressort du gouvernement de Picardie tandis que celle de Château-Thierry est en Champagne. Quant à la généralité d’Orléans, elle ne concerne en Île-de-France que Dourdan et ses environs. C’est au chef-lieu de l’élection que siègent les agents du roi ainsi que le tribunal où se règlent les questions contentieuses touchant à l’impôt direct (la taille).

 

La carte de la banlieue de Paris par Nicolas de Fer (1717)

La carte de la banlieue de Paris par Nicolas du Fer / © IAU
La carte de la banlieue de Paris par Nicolas de Fer / © IAU

Cette carte due à Nicolas de Fer, auteur de très nombreux plans de villes françaises ou étrangères, emploie, à l’aube du XVIIIe siècle, la dénomination de « la banlieue de Paris », terme peu employé alors et qui deviendra si courant à partir de la seconde moitié du XIXe. Si les liens avec les paroisses périphériques existaient depuis longtemps, cet espace est toujours difficile à conceptualiser. Notons que celui-ci n’est pas directement centré sur Paris. En effet, la carte n’a pas encore l’axiométrie qui deviendra classique et fait encore la part belle à l’Est de Paris. Vincennes tient ainsi une place importante avec les détails de son parc. Par la précision que lui confère son échelle (circa 1/36 000), cette carte présente un bon état de ce qui deviendra plus ou moins le département de la Seine en 1790 avec toutes les paroisses ou lieux-dits. Elle entre aussi dans certains détails qui ne sont pas sans retenir notre attention pour le présent. Par exemple les bacs situés là où par la suite des ponts vont être construits. Selon l’approche du temps, les paroisses semblent autant d’îlots flottant dans un univers où les seules « routes » représentées sont celles qui mènent vers d’autres grandes villes. Enfin la carte figure certaine des grandes évolutions urbaines de la capitale, notamment les transformations en cours dans l’Ouest (future place de la Concorde, quartier des Champs Elysées et de l’Etoile).                                                                                             

Carte des «Environs de Paris » par l’abbé Delagrive (1731) 

Carte de environs de Paris par l'abbé Delagrive / © IAU
Carte des environs de Paris par l’abbé Delagrive / © IAU

La carte des « Environs de Paris » de l’abbé Delagrive levée géométriquement à partir de 1731 s’étend de Poissy à Torcy et de Montmorency à Palaiseau.                              

Plan de Paris Turgot (1734-1739)

 
Plan de Paris par Turgot /  © IAU
Plan de Paris par Turgot / © IAU

Le Plan de Turgot est un plan de Paris réalisé de 1734 à 1739 à la demande de Michel-Etienne Turgot, prévôt des marchands et père du futur ministre de Louis XVI. Levé et dessiné par Louis Bretez, membre de l’Académie peintre, sculpteur et professeur de perspective, il s’agit d’une vue à vol d’oiseau, une axonométrie, orientée vers l’Est – situé en haut du plan – qui répondait à la commande d’une représentation fidèle de la ville, de ses églises, monuments, maisons, fontaines, places et de ses rues nommées. L’auteur disposait d’un mandat qui lui permettait de pénétrer les maisons et les jardins afin d’en saisir les détails. Le but était de présenter aux visiteurs une image de la capitale comme modèle universel de ville. Le plan a été largement diffusé.

La carte des chasses du Roi (1764-1774) 

La carte des chasses du Roi / © IAU
La carte des chasses du Roi / © IAU

La carte des chasses du Roi, ou carte topographiques des environs de Versailles, est un chef-d’œuvre de son époque par la précision, la multitude des détails planimétriques tant pour les forêts, bois, bruyères, champs, chemins ruraux que pour les espaces bâtis, les routes et la finesse de la gravure. Levée de 1764 à 1774, elle couvre 28 % de l’actuelle Île-de-France. Centrée sur Versailles, les villages de Montfermeil et Aulnay-sous-Bois marquent sa limite à l’Est. Reprise sur ordre de Bonaparte en 1801, elle est achevée en 1807. Napoléon avait compris l’intérêt de cette carte bien au-delà des chasses. Une soixantaine de dessins minutes au 7 200e magnifiquement colorés, copiés assemblés et peints forment deux panneaux  dans la salle des concerts du Pavillon du roi du château de Vincennes.

 

Carte de France et d’Île-de-France dite de Cassini (1750 à 1757) 

Carte de la région Île-de-France par Cassini / © IAU
Carte de la région Île-de-France par Cassini / © IAU

La carte de France et la région d’île-de France dite de Cassini est la première vision d’ensemble du royaume, de son occupation du sol, et sa première enquête toponymique. Elle s’appuie sur la triangulation de premier ordre du royaume terminée en 1744 par César-François Cassini, dit Cassini III, et la complète. Le but fut d’abord d’établir une carte géométrique et de mettre en place avec exactitude les objets essentiels de l’espace. A sa lecture, le Roi s’étonna de la qualité des routes et des parcs. 

 

Carte des « Environs de Paris » trois lieues à la ronde (1790)

Carte des "Environs de Paris" trois lieues à la ronde / © IAU
Carte des « Environs de Paris » trois lieues à la ronde / © IAU

Avec la Révolution, les députés de l’Assemblée nationale taillent dans la carte des gouvernements pour découper la France en départements (1790). L’Île-de-France est ainsi répartie entre les nouvelles circonscriptions de Seine, Seine-et-Oise, mais aussi Aisne (Soissonnais, Laonnois), Oise (Beauvaisis, Valois, Noyonnais), Seine-et-Marne (Brie française), Loiret (sud de la Gâtine française) et Eure-et-Loir (Dreux). Cette situation ne durera pas et changera dès 1795. Cette partition est la première étape de la destruction de la royauté, elle brise le symbole que représentait jusqu’alors le maintien en une unité administrative unique de l’ancien patrimoine héréditaire capétien. Par ailleurs, les Girondins, dont l’ascendant semble un temps dominer les destins de la nouvelle République, tentent de réduire le rôle exorbitant de Paris, qui est et doit demeurer 1/83e de l’État. Vaine chimère, vite balayée par la centralisation jacobine. Plus que jamais, à l’aube du XIXe siècle, la capitale s’impose comme siège unique de l’action et de la pensée de la France.         

La carte d’État-major de l’Île-de-France (1832-1839) 

Carte de Paris réalisée par l'Etat-major des armées / © IAU
Carte d’Etat-major de l’Île-de-France / © IAU

Initiée par une ordonnance de 1817, cette œuvre devait être une « carte topographique de la France appropriée à tous les services publics ». Elle se distingue par la qualité de la gravure, sa finesse et sa lisibilité. 

 

Carte d’Île-de-France type 1900 dressée par le service géographique de l’armée (1906) 

Carte de France type 1900 dressée par le service géographique de l'armée / © IAU
Carte de France type 1900 dressée par le service géographique de l’armée / © IAU

 

Dressée par le Service géographique de l’armée, cette carte est le prototype de la carte de France actuelle. Publiée en 10 ou 12 couleurs, sa lisibilité est bonne.                  

La carte des municipalités communistes (1935)

La carte publiée par L'Humanité le 14 mai 1935 au lendemain des élections municipales / DR
La carte publiée par L’Humanité le 14 mai 1935 au lendemain des élections municipales / DR

 

Cette carte, publiée dans L’Humanité le 14 mai 1935 au lendemain des élections municipales (et la semaine dernière sur Twitter par un twitto que nous suivons attentivement chez Enlarge your Paris, le géographe Philippe Gargov), symbolise la naissance de la ceinture rouge. Une répartition des forces qui demeurera sensiblement la même jusqu’à l’orée des années 80. 

 

La carte de la métropole du Grand Paris (2016)

Carte des territoires de la métropole du Grand Paris / DR
Carte des territoires de la métropole du Grand Paris / DR

Le 1er janvier 2016 est née la métropole du Grand Paris, qui regroupe 130 communes dont Paris et toutes les villes de petite couronne. Un territoire où vivent un peu plus de 7 millions d’habitants, soit presque autant que dans le Grand Londres (8,6 millions d’habitants) ou qu’à New York (8,5 millions d’habitants). 

La carte du Grand Paris Express (2018)

La carte du futur réseau du Grand Paris Express / © Société du Grand Paris
La carte du futur réseau du Grand Paris Express / © Société du Grand Paris

 

Plus grand chantier d’Europe, le Grand Paris Express vise à créer 200 km de nouvelles lignes de métro (soit le double du réseau actuel) et 68 gares autour de Paris. Sa mise en service intégrale est prévue pour 2030 alors que dès 2024 seront inaugurées l’extension de la ligne 14 entre Saint-Lazare et Saint-Denis Pleyel, la ligne 15 Sud entre Noisy-Champs et Pont de Sèvres ainsi que la ligne 16 entre Le Bourget RER et Clichy-Montfermeil.

 

La carte du Guide des Grands Parisiens (2018)

La carte du Guide des Grands Parisiens / DR
La carte du Guide des Grands Parisiens / DR

Cette carte officieuse du Grand Paris a été pensée pour le Guide des Grand Parisiens, oeuvre commune d’Enlarge your Paris et des Magasins généraux publiée en février dernier. Elle dessine huit grands quartiers allant de part et d’autre du périphérique et que l’on peut parcourir avec son passe Navigo pour découvrir les richesses souvent méconnues du Grand Paris. 

A découvrir, la section cartes anciennes de la cartothèque en ligne de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme. A parcourir, l’Abécédaire de la métropole du Grand Paris réalisé par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme et l’Atelier parisien d’urbanisme

 

 

 

A lire : Pour un Grand Paris qui joue collectif