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« Le Grand Paris a besoin d’une thérapie de couple »

Psychanalyser les villes, c’est le boulot que s’est donné l’ANPU, l’Agence nationale de psychanalyse urbaine. Le 11 décembre, elle s’est intéressée auxnévroses du Grand Paris à qui elle préconise une thérapie de couple. Nous avons pu nous entretenir avec Laurent Petit, le thérapeute qui a conduit l'étude.

En tant que psychanalyste urbain, quelle analyse faites-vous de Paris ?

Laurent PETIT : Paris a un caractère m’as-tu-vu. Normal, Paris est née sur Seine. Elle a donc depuis toujours tendance à se théâtraliser, à se faire belle. Il suffit de voir la surenchère de monuments dont elle est pourvue.  A ma connaissance,  on n’en trouve pas autant dans les autres capitales. Il faut dire que Paris est une ville royale et qui, en plus, a la grosse tête, avec une petite et une grande couronnes. Chaque roi a voulu y laisser une trace. Idem pour les présidents de nos jours. Par ailleurs, le fait que Paris ait vu le jour sur une île explique sa tendance à se méfier de l’extérieur.

D’où ses rapports conflictuels avec la banlieue…

Le périph’ est un rempart inconscient qui perpétue en quelque sorte l’enceinte de Thiers. Mais ce qui ressort de la relation entre Paris et la banlieue, c’est qu’on est face à un ménage à trois, avec l’Etat dans le rôle de trouble-fête. Il y a un rapport névrotique entre Paris et l’Etat français qui est un père possessif. Raison pour laquelle nous préconisons une thérapie de couple.

Combien de séances faudra-t-il pour psychanalyser le Grand Paris ?

La psychanalyse, cela peut être infini…

Quelle est votre ambition à l’ANPU (Agence nationale de psychanalyse urbaine) ?

Le Grand Paris est quelque chose d’excitant et qui doit pouvoir vivre dans l’imaginaire des gens. C’est pourquoi il faut défendre des utopies impossibles quoiqu’il arrive. Sinon, vous êtes rattrapé par le cynisme. A l’ANPU, on ne s’y résigne pas et on essaye de mettre les problématiques sur la table tout en poussant le délire très fort pour susciter le rêve.

Il nous paraît nécessaire dans le cas du Grand Paris de tenir compte de l’épuisement des matière premières disponibles et de construire la ville en tenant compte de cette contrainte. Par exemple, on pourrait imaginer des bâtiments à partir de boîtes de conserve.

Quels sont les fondements de la psychanalyse urbaine ?

Tout est né d’une rencontre avec le collectif Exyzt, qui conçoit des architectures démontables et éphémères avec les habitants. Ils avaient besoin de quelqu’un pour présenter leurs travaux. En tant que showman et conférencier, je leur ai proposé d’incarner le personnage du psychanalyste. Mes spectacles ont toujours eu une base scientifique. J’ai commencé ma carrière en faisant une conférence sur les liens entre Mickey et Michel-Ange. J’avais travaillé pour cela avec un chercheur qui avait trouvé un rapport entre les trois cercles de la tête de Mickey et l’œuvre de Michel-Ange. C’était pointu.

La psychanalyse urbaine telle que nous la pratiquons au sein de l’ANPU, que j’aie cofondée avec l’urbaniste Charles Altorffer, est avant tout un travail d’archivage, d’interprétation, de réinterprétation, de surinterprétation pour s’amuser avec l’histoire et avec l’avenir. Nous défendons des points de vue et en même temps on s’en moque pour pouvoir mieux les communiquer aux gens. Si on les transmettait sans humour, ça deviendrait du moralisme et cela créerait de la crispation. L’information ne doit être ressentie ni comme un coup de poing, ni comme une caresse.

Qu’allez-vous faire des témoignages que vous avez collectés dans la rue avec les étudiants du master « Projets culturels dans l’espace public » de l’université Panthéon-Sorbonne ?

Nous allons en sélectionner pour les mettre en ligne sur le site de l’ANPU. Enfin, on va essayer…

En attendant de découvrir les témoignages des Grandparisiens psychanalysés par l’ANPU, faites donc vous-même le test qui leur a été soumis et que nous vous avons recopié ci-dessous :

Si le Grand Paris était un fruit…
Si le Grand Paris était un animal…
Si le Grand Paris avait un gros défaut…
Si le Grand Paris avait une qualité, même une seule…
Si le Grand Paris était une chanson (titre inventé ou pas)…
Si le Grand Paris pouvait se résumer dans le titre d’un film (titre inventé ou pas)…
Si le Grand Paris avait un ennemi…
Si le Grand Paris avait un surnom…
Si le Grand Paris avait un père et une mère…
Qu’est-ce qui ferait plaisir au Grand Paris pour son anniversaire ?
Si le Grand Paris était un dicton (inventé ou pas)…