Culture

Le ciel dans le château

Chez Disney, le château est dans le ciel. A Rentilly, nouveau hot spot de l'art contemporain en banlieue, c'est le ciel qui est dans le château.

Château de Rentilly / DR

Les amateurs d’art contemporain vont désormais savoir situer la Seine-et-Marne sur une carte. Depuis le 22 novembre, le Frac (Fonds régional d’art contemporain) y a ouvert son deuxième lieu d’exposition en Île-de-France entre les murs du château de Rentilly, à Bussy-Saint-Martin. A l’origine vieille maison bourgeoise du XVIème siècle, la demeure a pris un sérieux coup de jeune pour devenir en l’espace de deux ans une œuvre à part entière, sortie tout droit de la tête de l’artiste plasticien Xavier Veilhan.

Pour preuve : les façades sont entièrement recouvertes de plaques d’inox polies et le toit laisse désormais place à une terrasse avec vue imprenable sur le parc d’une cinquantaine d’hectares. Ceci n’étant pas du goût de tout le monde, j’ai donc décidé de mener l’enquête et de me rendre sur les lieux.

Château spatial

A l’arrivée, c’est la brume qui m’accueille. Entre les arbres encore feuillus, le château se dresse comme un mirage. Ce pourrait être un vaisseau spatial tout droit sorti d’un roman de science-fiction, capable de changer d’aspect suivant la couleur du ciel et des arbres. Ici pas de super technologie, juste l’inox. Grâce à cet ingénieux stratagème, le château revêt une tenue de camouflage, se fondant le paysage. Mais comment l’art contemporain s’est retrouvé embarqué à Rentilly ?

Rambobinons ! Le château et son parc ont notamment appartenu à la famille Menier, maîtres ès chocolat à Noisiel pendant près d’un siècle. Puis, dans les années 1990, ce sont les promoteurs immobiliers qui se sont intéressés aux 54 hectares du domaine. De multiples projets ont été imaginés, le dernier étant un hôtel de luxe.

En 2001 néanmoins, la communauté d’agglomération de Marne-et-Gondoire, avec le soutien d’associations de riverains, parvient à racheter les lieux.  « Il est paru évident qu’il fallait rendre le site aux habitants. Et puis à force de réhabilitation, l’idée d’en faire un lieu pour la création et la diffusion artistique s’est imposée », explique Michel Chartier, président de la communauté d’agglo.

Château de Rentilly / DR

C’est pour cette raison qu’il s’est tourné vers Xavier Franceschi, directeur du Frac d’Ile-de-France, qui y a vu un énorme potentiel avec l’orangerie, la salle des trophées et les écuries. Ensemble, ils inaugurent en 2006 le parc culturel de Rentilly, ouvrant le site pour la première fois au public pour proposer à la fois une salle d’exposition, une résidence d’artiste ainsi qu’un centre de documentation.

Xavier Veilhan aux manettes 

Et c’est dans la continuité de cette démarche qu’en 2012 est lancé un appel à candidatures pour réhabiliter la pièce maitresse : le château. L’idée est d’en faire un lieu majeur de l’art contemporain. C’est l’artiste plasticien Xavier Veilhan avec le scénographe Alexis Bertrand et les architectes Elisabeth Lemercier et Philippe Bona qui remportent la mise, transformant le château en une véritable œuvre d’art.

« J’ai cherché à tirer le meilleur parti du jardin et du château en conservant la géométrie et le dessin » explique l’artiste. Désormais, le château disparaît pour laisser place aux arbres qui s’y reflètent. A l’intérieur, sur les 800m2 d’exposition, les baies vitrées laissent entrer le parc à l’intérieur et les salles se confondent avec l’extérieur. Les espaces se mélangent et se déroulent jusqu’au-dessus du bassin de Diane d’où jaillit un jet d’eau. Il n’y a plus de frontière entre l’intérieur et l’extérieur : ils s’harmonisent et ne font plus qu’un. Comme le dit Xavier Veilhan, l’objet n’est rien d’autre que la perception que l’on en a. A vous de voir maintenant…