Société

« Habiter en banlieue n’interdit pas d’être en capacité de créer de la richesse »

Mettre en relation des jeunes de banlieue avec des entrepreneurs et des investisseurs : c'est l'ambition d'Osons la banlieue lundi 23 novembre à Pantin. Ce forum ouvert à tous a germé dans les têtes de la serial entrepreneur Aude de Thuin et de Saïd Hammouche, fondateur de Mozaïk RH, premier cabinet de conseil et de recrutement spécialisé dans la promotion de la diversité. Nous sommes allés à sa rencontre.

En Seine-Saint-Denis, le taux de chômage atteint 18% contre 10% à l’échelle nationale. Est-ce une fatalité ?

Saïd Hammouche : Le pourcentage grimpe même jusqu’à 45% chez les jeunes des quartiers populaires ! C’est une hérésie économique ! Le système éducatif forme des jeunes qui vont à la Fac à Saint-Denis ou à Villetaneuse, qui sont capables d’occuper des postes à responsabilité mais qui au final ne trouvent pas d’emplois. C’est une hérésie économique car il n’y a pas de retour sur investissement. Cela traduit aussi un essoufflement de la méritocratie.  On a un problème et il faut le prendre à bras-le-corps.
 
De quelles façons ?

Dans un ouvrage intitulé Chronique de la discrimination ordinaire (ed. Gallimard), j’explique qu’il faut rapprocher la jeunesse des quartiers du monde de l’entreprise. Aujourd’hui, un jeune qui ne trouve pas de travail représente un coût pour la collectivité. Avec l’institut McKinsey, nous nous sommes intéressés aux jeunes accompagnés par Mozaïk RH entre 2011 et 2012 ayant trouvé un emploi. Nous avons calculé que chacun représentait une économie de 4.000 euros pour la collectivité. A l’heure actuelle, nous sommes en mesure d’accompagner 3.000 jeunes vers l’emploi ce qui représente un total de 12 millions d’euros d’économie à court terme. Il existe un potentiel dans les quartiers qu’il faut libérer et l’une des manières d’y parvenir passe par la mise en réseau.  On voit des jeunes entrepreneurs de banlieue aujourd’hui dont le carnet de commandes est plein mais qui sont contraints de renoncer car il leur manque 1.000 euros pour financer leur trésorerie. C’est là une des raisons majeures de la fermeture d’entreprises dans les quartiers populaires. Pourtant, en France, bien que l’Etat soit en faillite, nous n’avons pas de problème d’argent.  

 

 
Quelle est l’ambition d’Osons la banlieue ?

Nous voulons travailler au développement économique des quartiers. Pour cela, nous allons mettre en commun nos réseaux afin que des projets portés par des jeunes de banlieue puissent se concrétiser avec l’aide d’acteurs économiques (investisseurs, entrepreneurs, etc.). La journée du 23 novembre au Centre national de la danse à Pantin servira de temps de rencontre. Nous en profiterons également pour mettre en avant des exemples de réussite afin de lutter contre l’autocensure et le fatalisme. Si personne ne vous encourage, que vous êtes entouré de personnes en situation d’échec, alors vous finissez par perdre confiance en vous.  Quand à cela s’ajoute des questionnements d’ordre identitaire, le piège de l’exclusion se referme sur vous. L’un des enjeux est de parvenir à créer d’autres réflexes intellectuels et à faire tomber les préjugés. Récemment j’ai rencontré un grand dirigeant français lors d’une conférence à laquelle  j’intervenais. A la fin, il est venu me voir et il m’a dit « qu’est-ce que vous parlez bien le français ! ». Habiter en banlieue n’interdit pas de faire des études, d’avoir des idées et d’être en capacité de créer de la richesse.