Société

Coup de foudre à Versailles-Chantiers

Sophie et Stéphane
Sophie et Stéphane

S'il vous est déjà arrivé de fantasmer sur l'inconnu(e) assis(e) en face de vous dans le train, lisez donc cette histoire férréique sur le réseau Transilien. Elle vous est contée par La Raileuse, notre spécialiste ès transports amoureux.

 

Tout commence le jour de son anniversaire, en février 2008. Sophie, alors aide-soignante de nuit, sort d’une relation extrêmement douloureuse. Une « rupture saignante », comme elle le dit elle-même. Entourée de ses parents et sa soeur, elle souffle ses bougies, entre deux larmes. Et tente, en même temps, de rassurer sa mère sur son futur amoureux. « Maman, tu sais, je passe ma vie dans le train. Je te parie tout ce que tu veux que l’homme de ma vie sera un mec de la SNCF. » Sophie ne croyait pas si bien dire…

15 jours plus tard, elle rencontre l’homme de sa vie sur un quai de gare. Il porte un gilet SNCF. Un coup de foudre, comme au cinéma, qu’elle nous raconte, avec ses mots, et sa sensibilité :

« Nous sommes le 22 février 2008, gare de Versailles-Chantiers. Je rentre d’une nuit de travail. Et je viens de prendre la décision d’arrêter les crushs, les sex friends, de me laisser tranquille, en fait. Il est 9h20. Je descends fumer ma clope sur le quai, en attendant mon train qui arrivera dans 7 minutes. C’est mon habitude. Dans les hauts parleurs, il y a de la musique. De la « new soul ». Je descends l’escalier.

Et là, je tombe sur LE regard. Noir. Profond. J’ai l’impression que mon coeur va exploser. Et j’entends une petite voix dans ma tête qui me dit : « de quelle couleur seront les yeux de nos enfants ? ». Je me mets à ricaner toute seule. Je viens de me faire la promesse d’arrêter les histoires à la con, je vais pas replonger maintenant ? Je me traite de tous les noms.

Lui me regarde. Et comme je souris, il répond à mon sourire. Il est trop beau. Pas beau comme un mannequin. Il a un physique particulier : un grand nez, maigrelet, des cheveux noirs corbeaux. L’homme de mes rêves, mais vraiment ! Je fume ma clope. Et je décide d’essayer. Je lui souris franchement. Il en fait tout autant. On se regarde, on s’évite, on se replonge dans les yeux de l’autre. Sur le quai d’à côté, un train arrive. Généralement il entraîne avec son départ tout le monde sur le quai, ou presque. Je prie pour qu’il ne parte pas.

Il reste. Et puis, c’est mon train qui arrive. Je me dis alors : « si c’est l’homme de ma vie, il ira dans ce wagon-là ». Et il y entre. Je continue : « S’il va à l’étage, c’est l’homme de ma vie. » Et il y va. Trop de coïncidences.

Je décide de tenter ma chance, je m’assois en face de lui, à un siège près, dans le sens contraire de la marche du train. Le train part. Et le jeu du chat et de la souris recommence. Il essaye de fermer la fenêtre, n’y arrive pas, alors je l’aide. « Merci ». Même sa voix est angélique. Mais je ne tente rien de plus : à lui de faire le second pas.

On arrive 15 minutes plus tard à la gare de Rambouillet. On était en queue de train, à l’autre bout du quai et donc, de la sortie de la gare. J’étais sûre qu’il allait rester. Le train s’arrête. Il me regarde intensément. Me sourit. Soupire. Puis prend ses affaires et descend.

Je me suis mise à crier un grand « QUOIIIIII ??? » dans ma tête. Je lui plais, ça se voit, j’ai un ticket gros comme la tour Eiffel. Et il s’en va sans rien faire ? Je suis pas du tout au bon arrêt, je vais au terminus, à Chartres, pour dormir 5 heures et retourner ensuite au boulot. Mais je peux pas le laisser partir comme ça. Quitte à attendre et à me priver de sommeil pour rien. Ce mec, c’est l’homme de ma vie, obligé !

Alors, je prends mon châle d’une main. Mon sac de l’autre. Et je bondis de mon siège (je fais sursauter les voisins au passage). Je sors du train. Je regarde, le quai est vide. Personne. Bon, le quai à Rambouillet est plutôt long, mais j’ai mis 15 secondes pour sortir du train, pas plus. Ce n’est pas possible qu’il ne soit pas là, même s’il avait couru, je l’aurais vu.

Alors, dépitée, je regarde à gauche. Et là, je LE vois. Avec un autre homme. Il sort de son gros sac un gilet jaune de la SNCF.

Je cours vers lui. Il fait un froid de canard mais je ne sens rien d’autre que mon coeur, qui bat à tout rompre. Je le hèle, il se retourne. Je me rappellerais toujours de sa tête, complètement hallucinée. Je me poste devant lui, et toute essoufflée, moi, l’experte en drague, je lui lance un banal et désespérant : ‘excuse-moi, est ce que tu as un téléphone ? et euh… je peux avoir ton numéro ? ». Il lui restait 5 minutes avant de commencer à travailler.

On s’échange des informations utiles : « t’es célib’ ? » Et au moment de repartir, gros « couac ». Je me penche pour lui faire la bise, lui aussi, et on manque de se faire un « smack ». Il me sort : « Bon, là c’est trop tôt pour le premier bisous hein ahah ». Je dois maintenant attendre deux heures avant de rentrer chez moi. Mais je ne les vois pas passer.

On s’envoie des textos dans la journée. On se fixe rendez-vous le lendemain matin. Il viendra me chercher à la gare de Versailles pour me ramener chez moi.

23 février, il arrive dans sa Fiat orange (orange, berk). Je passe l’heure à lui raconter ma vie. On va boire un café. Et enfin, on s’embrasse. »

Et après ?

« Après notre rencontre, puis notre premier baiser, tout s’est enchaîné très vite. Il a eu les clefs de mon appart’ dans la semaine.

On a évoqué le bébé à la fin de la première semaine. Je suis tombée enceinte le mois d’après, alors que je sortais de trois ans d’infertilité. Il a su qu’il allait être conducteur au même moment.

On a déménagé dans un appartement plus grand trois mois après. Notre deuxième enfant est né 13 mois après le premier, et le troisième quatre ans après notre premier baiser, presque. »

Vous venez de lire un article de La Raileuse. Si vous en voulez plus, rendez-vous sur le blog laraileuse.wordpress.com

 

Sophie et Stéphane
Sophie et Stéphane